Je vous propose d'écrire ici toutes les choses que vous savez et qui mériteraient que plus de gens le sachent, comme le fait que chafouin signifie sournois ou qu'échaudé est un synonyme d'ébouillanté.
Mais je veux parler d'un sujet bien plus grave et important : qu'est ce que c'est un roman graphique ? Aujourd'hui c'est synonyme d'une bd avec beaucoup de pages qui n'appartient pas à une série (encore que...). Mais pour comprendre ce que c'est vraiment il faut revenir à Will Eisner et sa bd Un pacte avec Dieu et Art Spiegelman et son fameux Maus.
Ça peut paraitre absurde pour nous mais aux États-Unis la vente de bd était réservée aux comics shop et aux supermarchés : impossible d'en trouver en librairie. Si ça a une raison historique (les comics étant très liés aux magazines), ça devenait de plus en plus absurde pour certain•es auteurices underground (ou non) qui considéraient que leur œuvre était plus proche de la littérature classique que du comics de super héros.
C'est tout d'abord Will Eisner qui a forgé le nom "graphic novel" puis Art Spiegelman qui l'a ensuite utilisé pour désigner son travail. Leur objectif était de se faire une place en librairie, en insistant sur l'aspect littéraire de leurs bandes dessinées.
En France le terme a été repris et un peu transformé dans les années 90 par des auteurices dans le but de marquer une ambition artistique et de décrire la bande dessinée comme une forme "d'écriture", tout en cherchant à détruire l'hégémonie de l'album cartonné en couleurs de 48 pages (bon aujourd'hui ils essayent tous de reprendre Astérix, Spirou, Lucky Luke ou Blueberry, comme quoi). Le terme a bien fonctionné : il a à la fois créé de nouvelles ambitions artistiques (les rayons bd n'ont pas du tout le même gueule que dans les années 90), et intéressé un nouveau public à la bd (bon, le même qui ne lit pas de manga mais dévore Taniguchi).
Cependant, beaucoup considèrent qu'il a fait son temps et qu'on ferait mieux de l'oublier. Je crois qu'Art Spiegelman lui-même a arrêté de l'utiliser. Aujourd'hui la bande dessinée n'a plus besoin de se draper dans des termes péteux pour être prise au sérieux et ça c'est beau.
